Traumatisme.

 TW [CONSENTEMENT, VIOL]

J’ai écrit cela pour que ça sorte de mon coeur et ma tête. Je suis dans une démarche de partage, dirons-nous. Mais j’avais parlé d’agressions sexuelles sur les réseaux sociaux et beaucoup d’amies étaient venues pour me soutenir, saluer le courage qu’il fallait pour la parole. Et je trouve ça triste, que tout ça nous arrive et qu’il nous faille du courage. Alors je ne sais pas par qui, combien, comment, cette expérience que je partage sera lue, mais j’espère qu’elle fera comprendre des choses aux uns et soutiendra les autres.

Oh, et je ne suis pas en colère contre qui que ce soit. Pas maintenant en tout cas.

I’m crying. And i don’t really know why. Not exactly. But i need to say something about it.

Il était une fois, une jeune femme qui a osé dire “non” en plein rapport sexuel. Elle a entendu les mots sortir de sa bouche, timides mais bien là. Ils ont été entendus et respectés. En théorie. Parce qu’en pratique, c’est tout autre chose. Dans ce monde merveilleux de la pratique, son partenaire s’est laissé tombé sur le côté, marmonnant un reproche. C’est vrai ça, il faisait tout pour faire plaisir à l’autre mais quand venait son tour, ce n’était pas la même chose. Une fois, une seule fois depuis les multiples rapports merveilleux jusqu’alors et ce reproche fuse comme une blessure dans le coeur gonflé de notre demoiselle. En une fraction de seconde, elle se rappelle les sensations qu’elle ne voulait plus, son coeur reprend un rythme trop lent pour ces ébats, sa conscience retrouve le plein contrôle et voit la scène différemment. Voilà pourquoi elle avait dit non : elle n’était plus dans le “mood” et ne voulait plus se forcer. Alors après hésitation, ce court mot est sorti. Et elle en était fière. Fière, vraiment, de cet acte qui devrait être banal, normalisé, sans crainte. Mais ce n’est pas encore le cas. 

Tous les deux allongés, refroidissants doucement, le reproche plane et met de la distance entre leurs deux corps. Jeune demoiselle, allons, vous auriez pu le terminer autrement, la pénétration ce n’est pas obligatoire. Il y a tant et tant de manières d’aller jusqu’au bout. Je. Oui. Mais. Cette négation valait pour tout. Non ? Son coeur commence donc à battre plus fort et non plus de plaisir. Sa respiration augmente, encore et encore. Elle se lève, sans un mot, enfile quelque chose, quitte la chambre pour aller dans le salon. Là, la fenêtre ouverte l’accueille. Le silence de la rue, l’air frais sur son visage et cette respiration qui devient difficile. Elle ne comprend pas. Qu’avait-elle fait de mal ? C’était, pour elle, par son vécu, un signe de confiance incroyable que d’oser dire non, partager ses envies et ses non-envies. Et voilà que cet acte de bravoure lui est renvoyé au visage à la manière d’une attaque. Son consentement, bien que respecté, a été méprisé. Voilà ce qui s’est passé. Elle glisse sous la fenêtre, les larmes coulent, le cerveau s’arrête, sa poitrine essaye d’arrêter de se soulever si rapidement. Si loin de chez elle, elle ne trouve rien de rassurant, de sécurisant dans cet appartement. Où sont les plaids, les peluches et les lumières douces quand on en a tant besoin ? Où est le bouton qui arrête le temps ? Ou bien celui qui efface tous les maux. 

Seulement, tout ne s’arrête pas là. Des pas résonnent dans le couloir. Une voix lui demande pourquoi elle fait un tel cinéma, qu’elle ne se rend pas compte qu’un homme a besoin de finir, qu’elle en fait tout un plat. Non, elle se rend pas compte, décidément, de ce qu’à besoin un homme. Mais ce besoin nécessite-t-il vraiment le corps de quelqu’un d’autre ? Ce n’était pas grave si cette personne décidait de se masturber à côté, aux toilettes, dans la salle de bain. C’était même plutôt sain pour elle, pour lui et une réponse tout à fait normale à ce qui se passait. Dans une toute autre situation, dans une autre réalité. 

La douche, elle était prévue pour lui. Cela lui laissait du répit, pour sécher ses larmes, comprendre ce qui venait de se passer. Avant que la porte de la salle de bain ne se ferme, des mots s’ajoutent aux maux. Si à la fin de la douche, elle ne quittait pas la fenêtre pour retourner dans la chambre, la porte de cette dernière lui serait fermée et à elle le canapé. Son coeur qui reprenait le contrôle s’est emballé. Pourquoi une telle surenchère ? Qu’avait-elle fait de mal ? Pourquoi être punie ? Traitée comme une enfant, et encore. Pourquoi invalider ce qu’elle ressent ? Cet homme ne sait rien de ce qu’elle a pu expérimenter. Violée il y a une dizaine d’année par l’ami d’amis, elle en garde des bribes qui la font encore cauchemarder. Ces rapports par habitudes, pour faire plaisir, ces regards dans la rue, ses amies qui ont vécues des choses similaires. Alors non, elle ne sait pas ce que c’est de ne pas être terminé en tant qu’homme, mais en tant que femme, si. Regardée, utilisée, manipulée. 

Mais cette femme qui a dit non, qui s’est affirmée, ne courbera plus l’échine. Elle se lève, méprise l’eau qui coule et prend son oreiller. Le canapé ? Pas de soucis. Elle sait dormir de partout. 

La nuit est longue, encore quelques conversations, des éclats de voix, des échanges, de l’incompréhension, de la compréhension, des refus de s’excuser, le sommeil enfin. Les choses se tassent mais rien n’est plus pareil et ne le sera plus. Parce que ici, ce ne sont pas tant les mots qui blessent que le comportement qui les accompagne. Autant elle pardonne l’éventail lacunaire du lexique mais le comportement… 

—- 

Quatre semaines depuis cette nuit. Elle pensait être fière d’avoir dit non, d’avoir explosé, de ne pas avoir plié. Fière de s’en être sortie. Mais des choses remontent. Elle a rencontré un homme un soir et a passé une bien merveilleuse soirée tout autant que la nuit. Seulement son comportement physique a changé alors qu’elle aurait voulu avoir un rapport. Pourquoi n’agissait-elle pas comme à son habitude ? La gentillesse de cette personne la mettait pourtant en confiance et tout était là pour faire des étincelles. Pourtant, son cerveau lui renvoyait des flashs. Des images, des sensations, des émotions de cette fameuse nuit. Parfois, seule dans son lit, elle y repense et à mal au coeur. Encore maintenant, en écrivant, elle pleure. Elle pleure, tremble, soupire, parce qu’elle comprend. 

Elle comprend que la violence, ici, n’était pas physique. 

Elle a été émotionnelle, psychologique, armée de chantage, d’humiliation, de reproches à son consentement. 

Et la violence psychologique est pour cette femme plus pernicieuse que les marques sur son corps. Parce que les traces laissées sur son coeur sont incroyablement plus douloureuses et longue à guérir que n’importe qu’elle autre. Aujourd’hui elle se sent à nouveau souillée.

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